La plupart de ceux qui ont participé à notre dernier pèlerinage à Lourdes, en juillet dernier, ont eu la chance de pouvoir écouter le superbe témoignage de sœur Bernadette Moriau, dernière personne reconnue officiellement comme 70e miraculée de Lourdes.
Sœur Bernadette consacre aujourd’hui une grande partie de son temps et de son énergie à témoigner de cette guérison déclarée « inexplicable en l’état actuel de nos connaissances scientifiques ».
Aujourd’hui, sœur Bernadette, franciscaine disciple de Saint François d’Assise, a consenti à écrire un petit livre intitulé « Ma vie est un miracle » dans lequel elle se confie et raconte sa guérison et sa nouvelle vie.
Nous appuyant sur cet ouvrage et sur les souvenirs que nous a laissés son témoignage, nous avons plaisir à partager ce miracle, sa réflexion et son parcours pour être reconnue miraculée et ainsi pouvoir témoigner de sa foi et de sa conviction dans l’amour du Christ et de notre Dame de Lourdes.
Sa vie d’avant le miracle
Bernadette Moriau est née en 1939. Elle est l’aînée d’une fratrie de 6 enfants. Elle reconnaît avoir reçu l’appel du Christ le jour de sa profession de foi, à l’âge de onze ans. Cette année-là, elle découvre Lourdes en accompagnant son père malade. En 1959 elle fêtera ses 20 ans au noviciat des sœurs franciscaines, puis suivra rapidement l’école d’infirmière. À 26 ans elle reçoit son diplôme d’infirmière et prononce ses vœux définitifs en mai 1967. À la veille de son entrée dans la vie religieuse, elle effectue un second voyage à Lourdes puis y retourne une nouvelle fois en 1970. Elle commencera ensuite à exercer comme infirmière à la clinique St Raphaël à Paris, partageant son temps au service de Dieu et des malades. Cependant son dos la fait déjà souffrir avec des lombalgies et des sciatiques et, dès 1969, après 2 interventions chirurgicales sans succès à la colonne vertébrale, elle doit porter un corset plâtré. S’en suivront des années de douleur, avec une opération en 1973 durant laquelle est diagnostiquée une inflammation des racines nerveuses, puis une nouvelle opération en 1975 avec une greffe lombaire. En 1987 une nouvelle aggravation apparaît avec une atteinte neurologique pluri-radiculaire. Elle souffre alors d’une maladie grave et progressivement invalidante qui l’a conduit en invalidité définitive. En 1992 un neurostimulateur sur la colonne vertébrale soulage la douleur de ses jambes. Enfin, en 2005, son pied gauche entre en paralysie et se déforme en équin , une déformation qui bloque le pied en hypertension et le tord radicalement, le mettant en position spontanée d’inversion complète.
Elle décrit ainsi son état de santé : « Mon dos , ma colonne et mon bassin étaient en compote, Ils étaient soutenus par un corset rigide cervico-lombaire. Ce qui n’empêchait pas mon corps de souffrir, mes jambes étaient traversées de décharges électriques, de douleurs de type sciatique chronique. J’étais sous haute dose de morphine pour amortir la brûlure de ces épines invisibles. À la fin, on m’avait implanté sous la peau « un neurostimulateur médullaire ».
Sœur Bernadette, après toutes ces lourdes aggravations de son état physique et la mort, durant ces dernières années, de quatre de ses 5 frères et sœurs, se raccroche à sa foi.
La guérison
En 2008, son médecin traitant, fidèle hospitalier depuis 40 ans, lui suggère de retourner à Lourdes. Elle a alors 68 ans et bataille avec la maladie depuis 42 ans. Après de grandes hésitations (« Mais, docteur, cela fait belle lurette que je ne crois plus aux miracles pour moi »), elle prend le train du pèlerinage.
Son pèlerinage se passe « normalement » jusqu’à ce 4 juillet, durant la procession eucharistique, lorsque l’évêque portant l’ostensoir passe devant elle et la bénit.
Elle raconte : « Ce moment est resté gravé à tout jamais dans ma mémoire. Le Seigneur m’a parlé et voici ce qu’il m’a dit : “Je vois ta souffrance et celle de tes frères et sœurs malades. Donne-moi tout”.
Un quart de seconde. J’étais totalement bouleversée. Évidemment je lui donnais tout. Je m’unissais à la croix du Christ. Je n’étais pas là pour moi. En aucun cas je ne priais pour ma guérison…. Que pouvais-je donc demander pour moi ? J’avais accepté mon état, ma maladie. J’y avais trouvé une voie, le sens de ma vie ».
Le pèlerinage se termine et elle retourne en Picardie. Le 11 juillet, en compagnie d’une autre sœur de sa congrégation, elle se rend à la chapelle pour un temps d’adoration. Devant l’ostensoir où est enchâssée une hostie consacrée, elle se sent en présence du Christ, comme à Lourdes lors de la procession eucharistique. Elle ressent alors une grande détente dans son corps, une chaleur qui part du cœur et se répand partout. Elle ne sait pas ce qui lui arrive et continue à prier. Après l’office des vêpres qui suit ce temps d’adoration, elle regagne sa chambre. Là, elle entend une voix intérieure qui lui dit : « Enlève tes appareils ». Elle pense alors aussitôt à la parole du Christ dans l’Évangile : « Lève-toi, prends ton grabat et marche ».
Elle raconte alors : « Sans même réfléchir, ni même discuter une seconde, et sans me poser une seule question sur ce qui m’arrive, j’enlève tout cet attirail d’handicapée (l’attelle de jambe, le corset, et j’en passe…). Je me sens parfaitement bien, mais ne sais pas vraiment ce qui se passe. Je réalise alors que mon pied gauche est revenu à sa place ! Je n’ai plus mal, nulle part, et arrête mon neurostimulateur ». Elle sort alors de sa chambre, appelle une autre sœur qui tombe des nues devant ce qui lui arrive, et ensemble elles se mettent à prier devant une statue de la Vierge. Elle arrête également la morphine, d’un coup, ce qui ne peut se faire normalement ! Aucun effet secondaire.
« Guérie ! Comment réaliser ? C’est incroyable : 40 ans de maladie ; 40 secondes, plus rien, guérie, nette ! ».
Et ensuite ?
Et ensuite ce sera durant un long moment le secret demandé en premier lieu par sa supérieure. Difficile de crier à la guérison quand rien n’est encore vérifié ou que le mal pourrait revenir. Il convenait d’attendre, avant toute conclusion hâtive, le jugement de la médecine et de l’Église.
Son docteur l’ayant entraînée avec lui à Lourdes lui propose de faire un dossier sur le cas de cette guérison, dossier devant être présenté au Bureau des constatations médicales de Lourdes. Commence alors un long parcours du combattant, sœur Bernadette n’imaginant pas alors que la médecine soit aussi réticente à constater une guérison et ne pouvant également imaginer que l’Église soit à ce point prudente pour reconnaître un miracle.
Enquêtes, contre-enquêtes, examens et contre-examens seront ensuite son lot durant les années suivantes. Ainsi, de 2009 à 2017, son « cas » sera examiné par près de 300 médecins et spécialistes de toutes disciplines, puis l’Église devra se prononcer sur le caractère miraculeux de cette guérison. Enfin, début 2017, la lettre officielle du droit canonique reconnaît le miracle.
Chaque année, une centaine de dossiers sont déposés à Lourdes et seule une trentaine est retenue. Parmi eux, peu sont reconnus comme miraculeux. Depuis les apparitions de la Vierge à Lourdes il y a 135 ans, quelque 7 400 dossiers de guérisons inexpliquées ont été déposés au Bureau des contestations médicales de Lourdes, et seulement 69 miracles avaient été retenus. Sœur Bernadette est donc la 70e miraculée.
Depuis, sœur Bernadette, avec grande humilité et sans s’enorgueillir de ce don du ciel, « rends toute gloire à Dieu et témoigne afin de porter et diffuser le message du Christ et de l’Évangile chez les croyants et chez ceux qui ne le connaissent pas ».
En conclusion
Nous qui avons la chance de participer à nos pèlerinages diocésains et qui avons eu l’opportunité d’entendre le témoignage de sœur Bernadette, et pour un certain nombre d’entre nous, il y a quelques années, celui de Jean Pierre Bely, notre charentais 66e miraculé de Lourdes, osons témoigner à notre tour de l’amour du Christ et de tout ce que nous vivons à Lourdes.
Olivier Girard