J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce texte, parce que je ne voudrais pas paraître prétentieux. Je suis conscient que je n’ai pas tout lu, ni tout vu, et que je ne suis pas le mieux placé pour faire la leçon aux autres.
Ce que j’ai compris, je pense qu’un bon nombre d’entre vous l’a déjà assimilé depuis un moment. La question qui me travaille m’est venue en deux temps, d’abord après la diffusion du film documentaire Lourdes, de Thierry Demaizière et Alban Teurlai. Vous vous souvenez probablement de ce reportage où les deux journalistes avaient suivi au plus près et de manière très objective cinq ou six pèlerinages, dont un père de famille qui venait au pèlerinage militaire avec son fils aîné en laissant sa femme à la maison avec le petit dernier gravement malade. Bien sûr j’avais trouvé ce film très touchant mais surtout tout à fait réel par rapport à ce que l’on vit là-bas, et j’étais resté étonné, quand, à la suite de sa diffusion, le présentateur avait demandé aux deux reporters s’ils comptaient revenir à Lourdes et que les deux avaient répondu très clairement, non ! Je me suis longtemps demandé, avec l’esprit, l’atmosphère, l’ambiance qu’ils avaient réussi à capter et retransmettre, comment ils n’avaient pas envie d’y retourner. Puis, en 2021, lors d’une conférence sur le thème Je suis l’Immaculée Conception, le père Horacio Brito nous demandait : Lourdes, pour vous, c’est quoi ?
Pour moi, Lourdes, c’est la preuve que Dieu existe
Nous avons pour principe d’affirmer qu’il est impossible de démontrer l’existence de Dieu, comme on devait dire il y a un siècle qu’il était impossible de marcher sur la lune, ou de faire une greffe de cœur, ou encore, pour être plus moderne, qu’il était impossible de battre Leinster en final de coupe d’Europe quand au bout d’un quart d’heure La Rochelle a pris trois essais et un carton jaune. Mais je voudrais quand même essayer, et si ce témoignage permet à une personne athée de douter un peu ou de redonner confiance à quelqu’un qui se perd un peu, alors, il n’aura pas été vain.
Que s’est-il passé en 1858 ?
Je crois que la question que l’on doit se poser n’est pas, “pourquoi tant de gens viennent ? Est-ce que ces personnes attendent un miracle ?” mais “que s’est-il passé en 1858 ? Est-ce que cette fillette de 14 ans a tout inventé ? Est-ce qu’elle aurait pu tenir la pression face à sa famille, au commissaire Jacomet, au sous-préfet, au procureur, à l’abbé Peyramale, sans se faire prendre ?”
À l’échelle de l’humanité, cette histoire s’est passée finalement hier, juste à côté de chez nous, ce qui nous permet d’avoir des rapports, des témoignages, même des photos. Certains de nos contemporains ont pu mener des enquêtes très précises sur le déroulement de cette année 1858 à Lourdes. Je pense particulièrement au père Laurentin et son récit authentique des apparitions. Tous ces travaux permettent à chacun de se forger une idée assez précise sur ce qui a pu se passer.
Les messages de la Dame sont vrais…
Si vous concluez, à la suite de ces enquêtes, que cette fillette a certainement dû mentir, ces quelques lignes ne vous prouveront rien. Mais si vous vous dites qu’elle a probablement dit la vérité, alors ça veut dire que les messages de la Dame sont vrais aussi. Et le premier message, lors de la troisième apparition, celle du 18 février 1858, c’est Je ne vous promets pas d’être heureuse dans ce monde, mais dans l’autre.
Donc, si on accepte l’idée que Bernadette a dit la vérité, c’est que cette phrase a été prononcée. Et cette phrase, elle dit simplement que le monde, tel qu’on le connaît, n’est pas heureux. Effectivement, il y a la guerre, la famine, la maladie, l’injustice et des enfants qui meurent, mais un autre monde existe, donc le paradis existe, donc Dieu existe. Au final, à part les deux premières apparitions qui avaient pour but de lever la peur, dès le premier jour où la Vierge a parlé, c’était pour nous dire Dieu existe. La suite était pour nous faire comprendre que c’était vrai. Les miracles, auxquels, il me semble, Bernadette dit n’avoir jamais assisté, ne sont que des promesses qui ne s’adressent qu’à ceux qui veulent y croire.
Si on accepte l’idée que Bernadette a dit la vérité, c’est qu’on accepte l’idée que Dieu existe.
Pas moins que ça, et c’est probablement la chose la plus importante que de savoir que Dieu existe ! Mais ce que l’homme en a fait est étranger à la volonté de Dieu, que ce soit les séparations avec les juifs, les musulmans, ou les protestants, l’inquisition et autres guerres de religions, ou encore les millions de morts que l’homme a assassiné soi-disant en Son nom. Prouver que Dieu existe, ça ne dit pas comment il faut le prier.
Philippe Hitier
Texte publié dans La voix de Lourdes #211, novembre 2025