Conférence donnée le 9 juillet 2024 par le Frère Timothée Lagabrielle op, dans le cadre du pèlerinage de l’Hospitalité Charentaise.
Le 2 mars 1858 (13e apparition) la Sainte Vierge dit à Bernadette : Allez dire aux prêtres de faire bâtir une chapelle et qu’on y vienne en procession. Depuis trois ans, on médite cette phrase à Lourdes. Il y a deux ans c’était : Allez dire aux prêtres. L’an dernier c’était Bâtissez une chapelle, cette année Qu’on y vienne en procession. C’est pour cela que je vais vous parler des processions.
C’est le thème de l’année, on est un peu obligés d’en parler… mais même si on n’était pas obligés, je serai hyper content de vous en parler puisque c’est un bel aspect de la vie chrétienne qui est vécu dans les processions.
Mais d’abord, question : qu’est-ce qu’il y a comme processions à Lourdes ?
• la procession eucharistique
• la procession mariale
• les processions de la messe : entrée, offertoire, communion, sortie
• la procession du passage à la grotte.
• la procession d’accueil qu’on a eu hier pour aller des bus à l’accueil Notre-Dame
Il y a aussi plein d’actes accomplis comme des processions : aller en groupe organisé d’un endroit à un autre pour y faire quelque chose dans le recueillement (déposer un cierge, passer aux piscines, faire le chemin de croix…).
Les processions nous occupent assez à Lourdes pour qu’on réfléchisse un peu à cet acte-là. Pourquoi faire des processions ? (à part : « C’est la Vierge qui l’a demandé », ce qui est une bonne raison, mais ça vaut le coût de savoir pourquoi elle le demande !).
Qu’est-ce qu’une procession ?
Le Cérémonial des évêques donne la définition suivante : « Les processions publiques sont des supplications solennelles que fait le peuple de Dieu sous la conduite du clergé en allant en ordre, surtout d’un lieu sacré à un autre lieu sacré, avec des prières et des chants . »
On peut retenir quelques éléments :
– une procession est faite avec ordre et sous la conduite du clergé ;
– elle va normalement d’un lieu sacré à un autre lieu sacré ;
– il y a des prières et des chants parce qu’on y demande quelque chose (supplication solennelle).
Dans les différentes processions qu’on a identifiées, il y en a donc qui sont plus ou moins dans la définition. La procession mariale est moins dans la définition que la procession eucharistique (même si on peut tout à fait avoir plus d’attachement à la procession mariale !). >>
Un acte très ecclésial
Les processions sont un acte de l’Église, un acte qui montre la foi de l’Église.
La Vierge parle de « dire aux prêtres » parce que la procession est conduite par les prêtres. L’abbé Peyramale fera remarquer à Bernadette que c’est l’évêque qui peut décider d’une procession, car c’est un acte officiel de la foi de l’Église. (Mais la Vierge Marie ne va pas envoyer Bernadette parler à l’évêque, c’est déjà assez compliqué pour elle d’aller voir le curé !).
Les processions font partie de la liturgie, c’est-à-dire la prière publique (c’est-à-dire officielle) de l’Église.
Liturgie vient du grec : c’est « l’action du peuple ». En grec, ça a le sens de « service public » et c’est ce mot qui sert à traduire le mot hébreu de la prière du Temple.
Action du peuple, cela signifie qu’on répond aux bienfaits de Dieu, on s’adresse à lui, comme un peuple. On est constitués en peuple dans la liturgie, c’est-à-dire un groupe qui est organisé.
Le Salut de Dieu est communautaire. Dieu n’offre pas un Salut pour personnes isolées ou juste mises côte à côte. Il nous sauve en nous faisant prendre une place dans un peuple. Dans un ensemble organisé. Dans un corps dont on est les membres et dont il est la tête.
La conséquence c’est que dans la liturgie on a tous une place qui dépend de qui on est. Le but c’est de prendre toute sa place et… rien que sa place… on reviendra là-dessus, parce que c’est central !
La liturgie est signe ET moyen. Une procession ressemble à notre vie chrétienne ET participe à la changer en mieux.
Une procession est une image de la vie
Processionner c’est l’image de notre vie : on part d’un endroit, on va vers un autre endroit et il se passe des choses un peu imperceptibles pendant le trajet ce qui fait qu’on n’est plus pareil à la fin. C’est un peu la même chose qu’un pèlerinage. Dans la procession, il y a tous les éléments d’un pèlerinage, mais avec durée et distance réduites. Une procession est un pélé condensé (c’est même le même mot pour dire procession ou pèlerinage dans le patois lourdais). Il y a cela aussi dans la messe dont on ne ressort pas tout à fait comme on y est entré.
Dans la vie, on va d’un état à un autre (nourrisson, chérubin, page, cadet-ado, hospitalier, malade). Une procession nous rappelle qu’on ne doit pas vouloir absolument rester dans un état (souvent c’est la « génance » pour les autres). C’est vrai dans la vie chrétienne, dans la vie de prière : on ne prie pas comme un enfant quand on est un adulte, comme l’amour des époux qui change avec le temps.
Une procession est une image de notre vie communautaire
On l’a dit : Le Salut de Dieu est communautaire. Dieu n’offre pas un Salut pour personnes isolées ou juste mises côte à côte. Il nous sauve en nous faisant prendre une place dans un peuple. Dans un ensemble organisé. Dans un corps dont nous sommes les membres et dont il est la tête.
Une procession, c’est aussi une marche en groupe. Et c’est même plus exactement en groupe organisé, qui marche avec un ordre. Les processions montrent que notre vie est communautaire, que vie humaine a une dimension sociale, l’homme est un animal fait pour la vie en société. Tout seul on ne peut pas faire une procession. De même, tout seul, il nous manque quelque chose dans notre vie. On n’est pas faits pour une solitude durable, pour une vie sans les autres.
Bien sûr, on compte aussi pour nous-mêmes, il n’y a pas que le groupe qui compte. C’est la dimension personnelle de notre vie (on compte pour nous-mêmes, on est unique). Les deux ne s’opposent pas, mais s’articulent : être une personne c’est être fait pour la relation.
La procession demande de s’ajuster les uns aux autres.
Une procession, ce n’est pas :
– une course : on ne cherche pas à être le premier, mais on avance chacun à sa place. C’est important d’accueillir avec simplicité la place qu’on reçoit dans la procession. Il s’agit bien de marcher ensemble : il est nécessaire de s’ajuster les uns aux autres pour vivre tout ce qui est contenu dans la procession. Et ce n’est pas évident, pas immédiat, pas facile ;
– une parade : on ne cherche pas à se montrer aux autres, mais on est là pour le Seigneur. C’est cela qui fait qu’on peut être fier de représenter notre groupe sans dénigrer les autres, sans entrer dans une compétition. Cela montre la dimension communautaire de la vie humaine (avec des groupes bien articulés, comme les membres d’un corps) ;
– un défilé : on ne vient pas voir des gens défiler, mais on participe ensemble à une célébration. Il y a une grande différence avec une manifestation : On peut faire une procession même si personne ne regarde, ou avoir en tête que les gens vont se mettre à la suite de la procession quand elle passera devant eux.
Une procession est une image de la vie chrétienne
Plus encore que l’image de notre vie, c’est l’image de notre vie chrétienne (comme un pèlerinage, notre vie est un pèlerinage avec et vers le Seigneur) : on part d’un lieu saint, on va vers un autre lieu saint, on avance en peuple de Dieu constitué et on marche avec le Seigneur et les saints.
Être chrétien, c’est suivre le Christ (cf. Mt 16, 24 : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. »). Déjà dans l’Ancien Testament, Mi 6, 8 : « On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que YHWH réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu. »
Le Christ est devant dans la procession, on le suit, comme dans la vie. Dans le rite dominicain, quand on marche en procession avec la croix, le Christ n’est pas tourné vers l’avant, mais vers l’arrière, comme cela les frères voient devant eux le Christ qu’ils suivent.
On marche avec le Seigneur, c’est un signe d’attachement, ça manifeste notre proximité.
La procession a un but. Elle n’a pas de sens en elle-même (ce qu’a une manif), mais elle vise une rencontre.
Procession est une prière : supplication, action de grâce…
Une procession c’est une marche humble, rythmée par la prière, les chants, la méditation. On accompagne le Christ qui nous accompagne dans notre vie.
En fait, une procession est l’image extérieure de ce que nous avons à vivre à l’intérieur de nous-mêmes, en notre âme : changer pour s’approcher du Christ. À force de processionner, ce que nous voulons, c’est ce mouvement intérieur : être plus saint.
Une procession c’est une réalisation de ce qu’est l’Église : le peuple de Dieu rassemblé comme peuple (en ordre, sous la conduite des pasteurs de l’Église) qui avance à travers les tribulations de ce monde soutenu par la force du Saint-Esprit, en suivant le Christ et en priant le Père et avec les saints.
Frère Timothée Lagabrielle op